Oublier ses mauvaises actions passées pour justifier les futures

Alerte presse

le 28 septembre 2020

C’est prouvé : nous nous souvenons plus facilement de nos comportements altruistes que de nos actions égoïstes ou des petits arrangements avec notre sens moral. Un phénomène qualifié d’« amnésie éthique » par les scientifiques, qui l’expliquent en général par le souci de maintenir une bonne image de soi. Mais ces oublis sélectifs, pas forcément conscients, pourraient-ils avoir une visée plus stratégique ? Pour le savoir, une équipe d’économistes comportementaux du CNRS1 a fait participer à une expérience en ligne 1322 volontaires. Celle-ci se déroulait en deux sessions : la première était un jeu de hasard dont le résultat déterminait le gain monétaire des participants. Mais ceux-ci devaient eux-mêmes reporter le résultat obtenu et pouvaient alors tricher2. Au cours de la seconde session, trois semaines plus tard, ils étaient invités à se remémorer le plus précisément possible les résultats rapportés lors de la session précédente, avec une incitation monétaire à la clé. La moitié d’entre eux étaient informés qu’ils auraient ensuite la possibilité de rendre volontairement une partie de l’argent dans le cas où ils auraient triché lors de la première session. Or, c’est dans cette configuration que les tricheurs avaient le plus tendance à l’amnésie, comme le rapportent les scientifiques dans PNAS le 28 septembre 2020. Autrement dit, les participants se souvenaient moins de leur comportement de triche lorsqu’ils savaient qu’ils devraient à nouveau prendre une décision morale, alors même qu’ils pouvaient gagner davantage d’argent en se souvenant correctement des résultats rapportés. Comme si oublier cet incident leur permettait de se « racheter une virginité », rendant plus acceptable une future entorse à leur sens moral 

Notes

1.        1. Travaillant au Groupe d'analyse et de théorie économique Lyon - Saint-Etienne (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/Université Lumière Lyon 2/Université Jean Monnet/ENS de Lyon) et au laboratoire Sciences économiques – Sciences Po (CNRS/Sciences Po).

2.       
2. Sans que la triche puisse être détectée directement par les expérimentateurs. Les scientifiques ont donc utilisé les statistiques pour déduire les comportements de triche au niveau individuel. En effet, le jeu faisait normalement intervenir à la même fréquence les chiffres 1 à 6 dans chacune des 20 répétitions du jeu. Les résultats qui s’écartaient trop de cette distribution attendue (avec beaucoup plus de 5 et de 6 que le hasard n’aurait permis) étaient considérés comme dus à la triche. Un participant était ainsi classifié comme tricheur si la moyenne des nombres rapportés était supérieure à 3.5 (la moyenne espérée en cas de reports honnêtes) et la distribution des nombres rapportés significativement différente d’une distribution uniforme.

Bibliographie

Unethical amnesia responds more to instrumental than to hedonic motives, Fabio Galeotti, Charlotte Saucet, Marie Claire Villeval. PNAS, 28 septembre 2020. DOI : 10.1073/pnas.2011291117