L’effet Slow Love : Pourquoi nos relations amoureuses ralentissent-elles ?

Christian RICHOMME

Psychanalyste, auteur et thérapeute à Paris

Spécialiste dans les troubles de l’anxiété, les dépressions, les addictions et les troubles affectifs.

 

 Le Slow Love : la nouvelle tendance qui transforme nos relations amoureuses

Dans un monde où tout va trop vite, l’amour prend son temps. Alors que les applications de rencontre encouragent l’instantanéité et que le ghosting est devenu un mode de rupture banal, une tendance inverse émerge : le “Slow Love”. Les couples se forment plus lentement, hésitent avant de s’engager et privilégient la profondeur à la rapidité. Qu’est-ce qui explique ce changement ? Est-ce une peur de souffrir, une évolution des mentalités ou un besoin inconscient de mieux choisir son partenaire ?

Dans cet article, Christian Richomme, psychanalyste et spécialiste des relations affectives, décrypte ce phénomène et nous aide à comprendre pourquoi l’amour ralentit… et pourquoi ce n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle.

 

Quelques chiffres

Une étude menée en 2023 par l’Université de Stanford montre que 64 % des jeunes adultes préfèrent “prendre leur temps” en amour pour éviter les échecs du passé.

Selon une enquête de l’IFOP, 42 % des célibataires déclarent vouloir mieux connaître une personne avant de s’engager, contre 28 % en 2010.

 

L’effet Slow Love : Pourquoi nos relations amoureuses ralentissent-elles ?

Dans un monde où tout s’accélère, où l’immédiateté dicte nos comportements, l’amour semble prendre une autre direction : celle de la lenteur. À contre-courant de la consommation rapide des sentiments, un nouveau phénomène émerge : le Slow Love. De plus en plus de personnes prennent leur temps avant de s’engager, préférant construire une relation sur des bases solides plutôt que de céder à la précipitation. Mais qu’est-ce qui explique cette mutation des dynamiques amoureuses ? Ce ralentissement est-il une protection contre la souffrance ou un frein à l’amour spontané ?

De la vitesse à la prudence : un basculement sociétal

Longtemps, l’amour a été célébré comme une évidence immédiate. Le coup de foudre, la passion fulgurante et les décisions impulsives faisaient partie du récit amoureux dominant. Aujourd’hui, on assiste à un changement profond : les relations amoureuses prennent plus de temps à se construire, les engagements se font plus tard, et la phase de découverte est prolongée. Une étude menée en 2023 par l’Université de Stanford révèle que 64 % des jeunes adultes préfèrent "prendre leur temps" en amour pour éviter les échecs du passé.

Pourquoi ce changement ?Christian Richomme, psychanalyste et spécialiste des relations affectives, explique :"Nous assistons à un véritable changement de paradigme. Alors qu’avant, l’amour était perçu comme un élan immédiat, il devient un processus de sélection long et réfléchi. Ce ralentissement est à la fois un moyen de mieux choisir son partenaire et une protection contre la souffrance."

Les racines psychologiques du Slow Love

Ce ralentissement amoureux ne relève pas d’un simple effet de mode. Il est le fruit de plusieurs évolutions psychologiques et sociétales.

1. Une peur accrue de l’échec amoureux

Avec l’augmentation des divorces et des séparations, l’engagement est de plus en plus perçu comme un risque. On ne veut plus "se tromper" et souffrir inutilement.En 2022, 47 % des Français estiment que la précipitation est la principale cause des échecs amoureux (IFOP)."J’observe dans ma pratique une peur croissante de l’engagement, non pas par rejet de l’amour, mais par crainte de revivre un échec douloureux. Le Slow Love est une tentative de sécurisation du lien."

2. L’influence des applications de rencontre

Les applications de rencontre ont changé notre rapport à l’amour. En offrant une multitude de choix, elles poussent à la comparaison constante et rendent l’engagement plus difficile.55 % des utilisateurs de Tinder déclarent avoir du mal à s’engager par peur de "manquer une meilleure option" (étude Hinge, 2023)."L’accès infini aux profils crée une illusion de choix illimité. Résultat : on hésite, on compare, on repousse l’engagement par peur de passer à côté de la meilleure option."

3. Un besoin croissant d’indépendance

Les nouvelles générations accordent une place centrale à leur développement personnel et professionnel. L’amour doit s’intégrer dans un équilibre global et ne plus être un impératif absolu."Le Slow Love est aussi une manière de préserver son espace, de ne pas se perdre dans une relation et d’exister pleinement en tant qu’individu."

Une évolution bénéfique ou un frein à l’amour ?

Si certains regrettent les "grands élans passionnés" d’autrefois, d’autres y voient une manière d’améliorer la qualité des relations.

Les bienfaits du Slow Love : 

  • Moins d’échecs précipités
  • Meilleure compatibilité sur le long terme
  • Des relations plus profondes et équilibrées

Les risques : 

  • Trop d’attente peut mener à une paralysie émotionnelle
  • L’idéalisation excessive peut empêcher l’amour spontané

Christian Richomme conclut :"L’amour n’a jamais été une course. Ralentir n’est pas un problème, tant que l’on reste ouvert à l’expérience de l’autre. L’important est de savoir si ce que nous appelons prudence est une réelle réflexion… ou une peur déguisée."

Conclusion : Trouver le bon équilibre

Le Slow Love n’est ni une révolution, ni un danger. C’est une invitation à repenser nos attentes, à cultiver la patience et à construire des relations sur des bases solides. Mais il ne faut pas confondre prudence et fermeture. L’amour, même en prenant son temps, doit rester une aventure.

 

Contact : Email : ch.richomme@gmail.com

 

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Auteur de quatre ouvrages (Le Journal Intime de ma Thérapie, Psychologie de la Rencontre Amoureuse, Psychologie du Pervers Narcissique et Les Peurs dans les Relations Amoureuses – Éditions du Net), Christian Richomme accompagne ses patients vers une vie plus épanouie et sereine.

Spécialiste des relations affactives marquées par la souffrance, il aide à identifier et déconstruire les schémas destructeurs. Fort de son approche intégrative mêlant psychanalyse jungienne, TCC, neurosciences et hypnose, il favorise résilience, estime de soi et bien-être. Il reçoit en cabinet à Paris et en ligne, accompagnant des patients en France et à l’international (États-Unis, Canada, Dubaï, Hong Kong…).

Chroniqueur sur Radio J, il partage son expertise dans les médias et à travers ses publications