Le travail à domicile aujourd'hui


Le télétravail n’est que la partie émergée et « à la mode » du travail à domicile. Celui-ci se développera à grande vitesse, malgré les inconvénients administratifs et légaux, dès lors que les coûts de déplacement rendront les navettes prohibitives. Ce sera le cas avant 2015.

Il faut bien comprendre que la majorité des travailleurs, aujourd’hui (73 % exactement), travaillent exclusivement sur des informations dont le traitement ne justifie plus leur déplacement physique. Les télécommunications ont fait de tels progrès que ces informations, qui constituent le flux essentiel du travail de beaucoup, transitent bien plus vite et bien moins onéreusement que les hommes qui les traitent.

Cela fait des années que les spécialistes qui cor- rigent ou traduisent nos textes travaillent chez eux sans ne nous avoir jamais rencontrés. Ce besoin de rencontre n’est nullement ressenti pour aucun.
Il faut couper les ailes, une bonne fois pour toutes, à ce canard poussif qui voudrait qu’un travail intellectuellement collectif implique nécessairement un travail physiquement collectif. Il ne s’agit pas de nier que des rencontres sont parfois nécessaires, mais les techniques de téléconférence et, bientôt à domicile, de vidéoconférence sont déjà là pour économiser un temps précieux et une énergie rare.

Faire déplacer des responsables des quatre coins de l’Europe pour une grand’messe aussi stérile qu’inutile est simplement stupide. Cela flatte peut- être l’ego du « grand patron », mais ne va guère plus loin. L’homme au travail n’est nullement un animal social et n’a nul besoin de socialité.

Ou seulement à dose homéopathique.
C’est, en tout cas, comme cela qu’il nous faudrait fonctionner dès lors que les coûts de déplacement des personnes seront supérieurs – et largement – aux gains de convivialité.

Digression vacancière: une petite note personnelle
Qui dit « travail » dit, en miroir, « vacances ». Revi- siter le travail appelle aussi à revisiter les vacances.

Or, se déplacer coûtera de plus en plus cher (avant 2015, le baril de brut se négociera à 400 dol- lars contre 70 aujourd’hui). Il faut donc revoir de fond en comble notre relation au concept « vacances » qui, jusqu’à présent, était devenu quasi synonyme de « voyage vers des pays de soleil ».
Mais d’abord, des vacances, c’est quoi ? Personnellement, je ne prends jamais de vacances. Je vis dans ma ferme et « travaille » 365 jours par an. Avec bonheur. Avec plaisir. Je ne comprends ni le mot « vacances » ni le mot « loisirs ». Je n’en ai pas besoin. J’ai rempli ma vie de toute une panoplie d’activités complémentaires qui, toutes, me passionnent et me ravissent (et si ce n’était pas le cas, j’arrêterais sur le champ pour faire autre chose). Pourquoi irais-je donc m’encaquer dans des aéroports, des gares, des avions, des trains, des autoroutes bondées, des hôtels air-conditionnés, des plages huile-solarisées, des restaurants « malbouffisés ». Sans parler des discothèques, luna-parks ou autres Walt-Dysniaiseries.

Voyages culturels ? Rien ne vaut un bon bouquin ou un beau documentaire.
Dépaysement ? Dépayser de quoi. J’ai choisi de vivre au cœur du Morvan et n’ai aucune envie d’aucun autre lieu. Les dix kilomètres carrés autour de chez moi sont pleins de merveilles à découvrir, j’en ai pour des décennies. Surtout à pied, comme je le fais. Non, décidément, gardez vos vacances et vos loisirs. Ce n’est pas changer de vie pour deux ou trois semaines qu’il faut faire, c’est changer la vie pour des dizaines de générations à venir.

On a eu tort, avec le Front populaire et les congés payés de 1936, de confondre « repos » et « loisir ». Le repos est indispensable, un repos de bonne qualité. Un vrai repos du corps et de l’esprit. Mais loisirs et vacances ne reposent pas. Tout au contraire : il suffit, pour s’en convaincre, de voir la mine blafarde et cernée des gens le lundi matin ou de retour de « vacances » où la bamboche effrénée ruine les santés.

Plutôt que de gaspiller tant d’argent, tant d’éner- gie, tant de pollution, tant de mépris à concocter des vacances et des loisirs somptuaires, vides et vains, et ce seulement pour quelques jours par an, mieux vaudrait se mitonner du bon repos chaque jour. Cela ne coûte rien, et c’est magnifique pour la santé tant du corps que de l’esprit.

Une proposition en guise de clin d’œil
À l’heure des workaholics qui se fuient eux-mêmes dans un travail forcené, je prône un labeur frugal. Ni paresse, ni fainéantise, ni nonchalance. Faire bien ce qu’il y a à faire, ici et maintenant. Ni plus, ni moins. Refuser la pression des délais et des échéances. Rien n’est urgent. Rien n’est indispensable. Personne non plus, d’ailleurs.

Lorsque tout est urgent, rien n’est plus urgent. Il vaut mieux faire bien que faire beaucoup.

L’heure est à la décroissance des activités productives, alors tirons-en les conclusions qui s’imposent.

Travaillons non « parce qu’il le faut » mais par amour du métier, par passion de l’art, par goût de l’excellence. Mieux vaut faire peu, mais le faire parfaitement, que faire beaucoup, mais le faire mal : la non-qualité coûte globalement plus cher que la non-productivité. Aujourd’hui – et demain plus encore – parce qu’elle ne concerne que les produits matériels, la productivité n’est plus le problème. Seuls la créativité et les talents qui l’alimentent importent. Créativité et productivité sont antonymiques comme l’a parfaitement démontré Peter Drucker dans Post- capitalistic society.
Alors, dans notre travail quotidien, sortons de cette logique productive qui n’a plus aucun sens. Travail de qualité et qualité de travail : il est plus facile de travailler soixante heures par semaine sans stress que d’en faire trente-cinq sous la pression constante d’un chronomètre à quartz ou à pattes.

Travail éthique. Travail responsable
L’essence même de tout travail est de transformer des ressources en valeur. Valeur économique et financière, bien sûr, mais aussi valeur éthique et humaine, ou encore valeur noétique et écologique.
Dans les paragraphes qui suivent, nous oserons trois éclairages, un peu polémiques, qui paraissent étrangers les uns aux autres, mais qui, progressivement, construiront, en épilogue, une convergence pour un renouveau de l’idée même de travail.

Premier point de vue: la morale sociale et l’éthique du travail sont deux concepts fort différents, et de plus en plus divergents.
Deuxième point de vue : la socialité humaine est un mythe et la société postmoderne s’étiole au profit de communautés immatérielles et d’un travail éclaté, individualisé et responsabilisé.

Troisième point de vue : si l’entreprise citoyenne est une fable et n’a aucune responsabilité sociale ou sociétale, le travail que l’on y fait, en revanche, induit une vraie responsabilité écologique bien plus profonde et essentielle.

                                                                                     

Marc  Halévy  

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