
Les cellules CAR-T ciblant GD2 : un espoir pour les enfants atteints de neuroblastome
Communiqué de l’Académie nationale de médecine
26 mars 2025
Le neuroblastome, qui dérive des cellules à l'origine du système nerveux sympathique, est la tumeur maligne solide extra-crânienne la plus fréquente du jeune enfant. Il cause environ 15 % des décès liés au cancer en pédiatrie. Bien que les avancées récentes, notamment en immunothérapie, aient amélioré le traitement de ces enfants, le mauvais pronostic global des formes de haut risque (seulement 50 % de survie sans rechute, à deux ans) et les séquelles à long terme, nécessitent de nouvelles approches thérapeutiques. Parmi elles, les cellules CAR-T (Chimeric Antigen Receptor T-Cells) ciblant l'antigène glucidique GD2 suscitent un intérêt croissant.
L’antigène GD2 est un glycolipide abondamment exprimé à la surface des cellules tumorales du neuroblastome, cependant faiblement par les tissus normaux, ce qui en fait une cible thérapeutique idéale. Les cellules CAR-T GD2 sont ainsi capables de reconnaître et d’éliminer les cellules tumorales exprimant GD2. Une étude récente de phase 2, avec des CAR-T GD2 de troisième génération (GD2-CART01), a montré que, parmi les patients ayant reçu la dose recommandée, le profil de tolérance était acceptable avec notamment peu de réaction inflammatoire systémique et peu de neuropathies périphériques (1). La survie globale à 3 ans était de 60 % et la survie sans événement était de 36 %. Ces premiers résultats positifs ont amené le développement de telles thérapies sous l’égide de l’Agence européenne du médicament.
De nombreux obstacles limitent encore le développement des thérapies cellulaires ciblant GD2. En premier lieu, leur efficacité peut être diminuée par le microenvironnement tissulaire immunosuppressif du glioblastome qui réduit l’activité des cellules CAR-T. De plus, l’expression par les cellules tumorales de GD2 peut être hétérogène, ce qui peut favoriser l’émergence de cellules résistantes. Enfin, la stimulation chronique induit un épuisement progressif des cellules CAR-T, à l’origine d’un échappement tumoral (2). Une quatrième génération de cellules CAR-T GD2 sécrétant de l’interleukine 18 est en cours d’essai de phase I en Allemagne (3).
L’accès limité à ces thérapies constitue aussi un obstacle important, car elles nécessitent une production extemporanée spécifique pour chaque patient, effectuée par une unité de thérapie cellulaire agréée avec un coût global très élevé. Par ailleurs, la multiplicité des cibles tumorales potentielles et des types de cellules CAR-T, qui conduit à des médicaments différents, et la faible incidence des cancers pédiatriques comparés à ceux de l’adulte, limitent considérablement le potentiel de retour sur investissement et l’attractivité pour les entreprises pharmaceutiques (4).
Cependant, l’impact économique d’un tel traitement, souvent administré en injection unique, pourrait être considéré comme relatif, comparé à d’autres traitements administrés de façon prolongée, parfois pendant plusieurs années. En France, dans ce contexte, la recherche publique et ses partenaires de production de thérapie cellulaire se sont récemment structurés en un consortium de recherche sur les thérapies cellulaires et géniques (UNITC), labellisé en 2024 par l’Institut National du Cancer (5).
Alors que les cellules CAR-T ciblant GD2 représentent une avancée majeure dans la lutte contre le neuroblastome chez l’enfant et, au-delà, potentiellement contre d’autres cancers de l’adulte et de l’enfant exprimant GD2, l’Académie nationale de médecine recommande de :
- Poursuivre et accentuer l’aide à l’innovation et aux recherches dans le domaine de la thérapie cellulaire, en préservant la spécificité des approches en pédiatrie ;
- Développer et exploiter pleinement en France une capacité de production de thérapie cellulaire et, compte tenu des enjeux financiers des thérapies par CAR-T, de soutenir un modèle de partenariat des recherches publiques et industrielles pour la production de ces thérapies cellulaires rares et spécifiques ;
- Modifier le cadre législatif européen pour faciliter la mise à disposition progressive de médicaments de thérapie innovante (MTI) et accélérer le développement des thérapies cellulaires.
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