Quand une enfant refuse de manger un aliment précis

Plusieurs raisons peuvent expliquer qu’un enfant refuse un aliment. En effet, certaines situations problématiques sont causées par des réactions d’opposition et ne sont pas liées à des difficultés sensorielles. Or, les refus strictement comportementaux sont beaucoup moins fréquents que le prétendent la plupart des parents. L’enfant évite de manger certains aliments principalement pour des raisons sensorielles (par ex. : texture, goût, odeur, apparence, température). Il en est de même pour la plupart des adultes qui ont des préférences et expriment leurs limites sensorielles à travers leurs choix alimentaires.

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Plusieurs raisons peuvent expliquer qu’un enfant refuse un aliment. En effet, certaines situations problématiques sont causées par des réactions d’opposition et ne sont pas liées à des difficultés sensorielles. Or, les refus strictement comportementaux sont beaucoup moins fréquents que le prétendent la plupart des parents. L’enfant évite de manger certains aliments principalement pour des raisons sensorielles (par ex. : texture, goût, odeur, apparence, température). Il en est de même pour la plupart des adultes qui ont des préférences et expriment leurs limites sensorielles à travers leurs choix alimentaires.

Stratégies sensorielles
Exemple 1 : L’enfant a de la difficulté à accepter de nouveaux aliments

Observer
◗ Chloé, 9 mois, mange en grande quantité et y prend plaisir. Depuis l’âge de 6 mois, elle essaie plusieurs aliments différents. Elle aime beaucoup les fruits et les céréales. Toutefois, l’introduction de nouveaux aliments est plus difficile. Ses parents mélangent alors les viandes et les légumes avec des compotes de fruits. De cette façon, leur fille accepte de manger et l’heure du repas est plus agréable. Maintenant, ils veulent modifier les textures qu’ils présentent à Chloé afin d’introduire des aliments plus solides, comme hachés finement. Or, Chloé refuse les purées si elles ne sont pas parfaitement lisses. Après la première bouchée, elle détourne la tête et refuse d’introduire la cuillère dans sa bouche.
Attente formulée : Les parents de Chloé souhaitent qu’elle accepte les différents aliments qu’ils lui proposent.

Analyser
◗ L’introduction des aliments est un défi majeur pour les parents. En effet, sur une période de 6 à 8 mois, l’enfant doit intégrer une variété de saveurs et de textures. Il doit apprendre à les accepter, à les déplacer et à les mastiquer correctement dans sa bouche. Les comportements de Chloé sont liés à une hypersensibilité à la nouveauté. Pourtant, ses parents doivent lui offrir l’occasion de découvrir toutes ces nouvelles stimulations avant qu’elle puisse les apprécier.

Agir
◗ Être constant : Les parents de Chloé sont constants puisqu’ils continuent de présenter des aliments que Chloé n’aime pas. Par contre, leurs goûts sont camouflés par les fruits. Comme Chloé refuse de manger lorsqu’elle n’aime pas ce qui lui est offert, ses parents pourraient lui servir plusieurs aliments dans le même repas. Ainsi, en ayant une assiette avec une purée lisse de légumes, une portion plus texturée de viande et une autre composée de fruits et de viande broyés, ils peuvent alterner les bouchées. Ils commencent par lui servir quelques bouchées de sa purée préférée (par ex. : les fruits et la viande lisse) et poursuivent en lui offrant une petite cuillérée d’un autre aliment. Ensuite, selon sa réaction, ils peuvent revenir à l’aliment aimé ou recommencer avec la texture moins lisse.
◗ Être prévisible : Le changement de texture des purées amène une composante non prévisible pour l’enfant. Si Chloé ne mange que des purées lisses depuis trois mois, il lui faudra du temps pour accepter les purées texturées. Il est particulièrement pertinent d’évoluer graduellement en épaississant les purées et en ajoutant des textures plus solides dès que l’enfant présente les habiletés pour les déplacer et les mastiquer correcte- ment dans sa bouche. Cette progression ne doit pas comporter de changements brusques, mais doit tout de même être rapide pour que Chloé expérimente et accepte de nouvelles textures. L’enfant apprend ainsi que les aliments ont une texture variable à chacun des repas. L’utilisation des mêmes bols et ustensiles peut avoir un effet rassurant pour l’enfant durant cette période. Ceux-ci peuvent être colorés et amusants. Ils doivent être non cassants et faciles à manipuler pour le parent et l’enfant. Même si les repas s’avèrent plus difficiles, il est essentiel d’avoir une routine agréable et de féliciter l’enfant pour ses efforts. Il faut lui dire que c’est terminé et l’applaudir, peu importe la quantité d’aliments ingérés. Ensuite, il est possible de lui donner un jouet qu’il aime ou le laisser jouer avec sa cuillère pour lui indiquer concrètement que le repas est fini.
◗ Offrir du contrôle: Comme la motricité fine de Chloé se développe, elle peut commencer à porter certains aliments très mous ou fondants à sa bouche avec ses doigts. Son père peut, par exemple, plonger la cuillère dans la purée, puis l’offrir à sa fille. Une autre approche abordant l’introduction des aliments, le Baby Led Weaning14 (ou alimentation autonome du bébé15), propose de donner le contrôle complet à l’enfant. Elle n’est cependant pas appuyée par des données scientifiques.
◗ Éliminer : L’environnement du repas doit être exempt de stimuli désagréables. Par exemple, si la texture du bavoir incommode l’enfant, il est adéquat de lui en donner un autre ou, tout simplement, de ne pas en mettre. Il faut aussi porter attention aux odeurs, aux stimuli auditifs et visuels. Ainsi, pendant qu’on tente d’intégrer une purée de légumes texturée à l’enfant, il est préférable d’attendre pour faire cuire un mets très odorant dans la cuisine adjacente.
◗ Graduer : Les purées commerciales n’offrent pas tou- jours la possibilité de graduer les textures, car elles sont généralement très lisses. Les parents peuvent les utiliser, mais il est préférable de les mélanger à des aliments mous et hachés finement pour varier la texture lorsque l’enfant présente les habiletés pour les gérer. En utilisant un malaxeur, il est facile de préparer diverses purées maison en modifiant la quantité d’eau ajoutée (selon la consistance désirée) et en broyant plus ou moins longtemps les aliments selon les capacités de l’enfant à mastiquer. Par ailleurs, le camouflage (voir la fiche technique 5 à la page 252) que les parents de Chloé font avec les fruits peut aussi être arrêté graduellement. En diminuant progressivement la quantité de fruits intégrés, le goût des aliments camouflés se détectera davantage. Il faut aussi favoriser les petites bouchées pour commencer.

Comme nous l’avons mentionné précédemment, la texture est l’élément qui influence le plus l’acceptation d’un aliment. Lorsqu’un mets est refusé par l’enfant, il importe de tenter d’en modifier d’abord la texture, c’est-à-dire d’offrir la texture lisse au départ, puis de progressivement l’épaissir. Pour faciliter l’introduction et la transition des textures alimentaires, il s’avère judicieux d’utiliser d’abord les aliments préférés de l’enfant. De cette façon, le goût sera réconfortant, même si la texture est différente et que cela peut le déranger. Il faut garder en tête que la modification d’un paramètre sensoriel d’un aliment (couleur, température ou texture) peut amener un enfant à le refuser et à persister dans son refus.
◗ Combiner : La plupart des parents utilisent des comptines, des bruits de voiture ou d’avion et des mimiques pour faire manger leurs jeunes enfants. Ils combinent des stimulations agréables à d’autres, nouvelles ou moins tolérées. Il peut être intéressant d’imiter les mouvements de mastication de l’enfant et de faire des « miam, miam, miam » pour l’inciter à faire de même avec des morceaux tendres. Néanmoins, il est important que l’attention de l’enfant demeure centrée sur le repas.

Réanalyser
◗ Les progrès de Chloé se mesureront au fur et à mesure qu’elle acceptera une nouvelle texture et un nouveau goût. Au cours de cette période, ses parents doivent se questionner sur l’ambiance des repas et s’assurer que ces moments soient agréables pour tous. L’aspect positif du repas doit demeurer une priorité pour que Chloé apprenne à aimer manger.

   Myriam Chrétien-Vincent, Sylvie Tétreault et Emmanuelle Rossini-Drecq

 

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