Les précurseurs de la prise de conscience de ce qui se passe autour de la naissance



C’est en 1974 que Frédérick Leboyer14 invente la méthode qui porte son nom pour que le bébé soit accueilli dans des conditions telles qu’il puisse se remettre du stress lié à sa naissance. Il œuvre concrètement dans les salles d’accouchement afin qu’elles corres- pondent aux besoins du nourrisson qui arrive dans notre monde et il donne des indications aux femmes pour qu’elles soient plus à même de vivre leur accouchement sereinement.

Michel Odent15 œuvre aussi depuis les années 1960 pour un accouchement plus humain.

Grâce à eux, il est possible de savoir que le bébé doit arriver dans une pièce chaude, éclairée d’une lumière douce, pour ne citer que deux aspects parmi tant d’autres.

Certes, quelques-unes de leurs préconisations ont été adoptées dans les maternités, mais, fin 2014, seuls 22 services de maternité en France ont mis en place le label lancé en 1991 par l’OMS et l’UNICEF, « l’Initiative Hôpital Ami des Bébés16 ».

Ce label concerne surtout le rapport maman/bébé, une fois le bébé arrivé au monde.

Au début des années 1980, en marge de la naissance, en amont et en aval de celle-ci, Frans Veldman, fondateur de l’haptonomie17, connaît un succès certain. C’est le premier à transmettre sa compréhension du fait que l’on peut échanger avec le fœtus très tôt pendant la grossesse. Grâce au toucher, un dialogue entre les parents et leur futur enfant se noue d’intérieur de peau à extérieur de peau dans l’écoute et le respect de ce qui se dit là.

Mais trop peu encore accèdent à ses pratiques
D’autres thérapeutes – Edmée Gaubert, Sophie Metthey – ont aussi témoigné de ce qui se joue pendant la gestation pour le fœtus18. On peut lui parler, aller à sa rencontre. Nous savons prouver aujourd’hui que nos pensées influencent sa constitution. Cela fait partie des nombreuses connaissances reprises par Marie Andrée Bertin lors de la conférence de Biarritz en 200219.

La naissance du point de vue du bébé
Mais ce dont je parle dans ce livre, c’est en quelque sorte du chaînon manquant ou tout au moins lacunaire par rapport à tout ce qui a été dit jusqu’à ce jour en matière de natalité et périnatalité. Ce que je développe ici ne concerne pas la vie fœtale durant les neuf mois de la grossesse, même si je relate quelques témoignages de fœtus qui viennent étayer le propos d’Edmée Gaubert.

Cela ne vise pas non plus l’accompagnement de la femme qui accouche, même si, de fait, cela l’influence.

Ce dont je parle touche essentiellement au moment de la naissance du point de vue du bébé.
Or, concernant le rapport parents/équipe soignante et nourrisson lors du processus de naissance, rien n’est pensé encore.

Et pour cause, on n’imagine pas que quelque chose pourrait se faire « à cet endroit-là ».
Pour l’imaginer, avoir revécu sa naissance est une aide précieuse.

Cependant, les pratiques permettant de revivre et réparer sa naissance n’ont pas eu le succès attendu.

Elles  furent vécues comme difficilement accessibles, voire ésotériques ; peu s’en sont emparés.
La porte d’entrée pour accéder à ce parcours était aléatoire. La façon de faire le parcours faisait peur. Cela était vécu avec une certaine violence dans la mesure où les mémoires traumatiques arrivaient « en bloc », de façon désordonnée, et étaient donc difficiles à appréhender. Elles n’étaient d’ailleurs pas présentées comme des mémoires traumatiques, mais comme des accès à une conscience quasi supra normale.

De ce fait, les mémoires natales et périnatales restent largement inexplorées même si des psychopraticiens ou psychothérapeutes de plus en plus nombreux s’y intéressent, notamment via la guérison des traumas précoces.

Aujourd’hui, il est possible d’accompagner ce voyage de la naissance en pleine conscience grâce à des méthodes telles que l’EMDR, plus accessibles, plus scientifiquement validées21, j’y reviendrai.
Cela nécessite cependant que nous, accompagnants, quels que soient notre formation ou nos outils, soyons ouverts à accueillir l’inconcevable, que nous, accompagnants, ayons traversé aussi des mémoires traumatiques.

Nous assistons alors, ébahis, au revécu de ce qui nous est arrivé lors de notre naissance alors qu’au départ, nous ne savions pas même que cela allait se produire ni que cela était possible.

De ce revécu nous constatons qu’en termes de processus, beau- coup de choses se sont mises en place à ce moment de notre vie.

Des choses qui se sont ancrées en nous alors, et qui se représentent au long de notre vie, particulièrement si ces choses ont fait trauma22.

C’est une occasion unique d’en prendre conscience et de ne plus les subir.

Or, à ma connaissance, personne aujourd’hui n’a compris qu’il serait important de communiquer avec le bébé lorsqu’il est sur le point de naître. Personne ne lui parle, ne l’encourage pendant le processus de la naissance. Personne n’a décrit ce qui se joue pour chaque humain lors de la naissance en des termes assis sur les données de la théorie du stress et du trauma.

À ma connaissance encore, personne n’a décrit cela dans un esprit d’accueil et de non-jugement qui permette de sortir de la culpabilité ceux qui donnent à naître, à savoir les parents et l’équipe médicale...

Le grand public n’a pas pu comprendre en quoi la naissance est l’empreinte fondamentale23 ; en quoi elle constitue un moule sur lequel s’appuient les expériences que nous allons être amenés à vivre, moule qui peut devenir un carcan très limitant.

Enfin, je n’ai pas vu que l’accès à ce voyage soit connu du grand nombre ni même d’une grande part de mes collègues praticiens et thérapeutes.

Mon propos est donc d’éclairer la naissance à partir de ces connaissances de base, de témoigner de ma pratique.

J’aspire à ce qu’elles soient enfin entendues et répandues.

Bien sûr, j’espère que cela aura aussi un impact sur la façon dont on pourra accompagner les parents lors de la naissance de leur enfant.

J’espère aussi que, dans la mesure où cela corrobore grandement les conclusions que Leboyer et Odent ont tirées de leurs accompagnements d’accouchements, cela permettra de soutenir la généralisation de leurs souhaits en ajoutant des arguments aux leurs.

Et rêvons un peu : j’aspire à ce que nous thérapeutes, parents, équipe médicale et soignante, nous puissions travailler ensemble, à égalité de position, chacun à sa pleine et entière place.


14 Frédérick Leboyer, Pour une naissance sans violence, op. cit.
15 Michel Odent, Bien naître, Seuil, 1976 (entre autres ouvrages).
16 http://www.unicef.org/french/nutrition/index_24806.html
17 Frans Veldman, Haptonomie, science de l’affectivité, PUF, 2007.
18 Edmée Gaubert, De mémoire de fœtus, Souffle d’Or, 2011 ; Sophie Metthey, Vivre
et transmettre le meilleur pendant sa grossesse, Souffle d’Or, 2012.
19 Conférence de 2002 par Mme Andrée Bertin, « Pour une éducation à la culture de la Paix » : www.omaep.com/.../periode-prenatale-fondatrice-etre-h.../. Voir l’annexe A.
20 Respiration holotropique inventée par Stanislas Grof.

 

Sylvie Prager-Séchaud 

                                                                              

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 Les mémoires de la naissance

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