Une brève histoire de la bible hébraïque


Une brève histoire de la bible hébraïque


Pour la plupart des archéologues, historiens et chercheurs spécialistes de la Bible1, Moïse, comme d’ailleurs Abraham, Isaac et Jacob, est considéré comme une figure légendaire, pour plusieurs raisons. La première est qu’ils n’ont trouvé aucune trace objective de l’existence de ces patriarches. Ainsi, par exemple, rien ne permet d’attester qu’Abraham a effectivement entrepris, sur l’ordre de Dieu, une pérégrination qui l’aurait amené de sa ville d’Harare, en Mésopotamie, vers le pays de Canaan. Tout ce que l’on peut attester est que vers 1200 av. J.-C., une tribu d’origine sémitique se serait sédentarisée autour du Jourdain. Elle y aurait apporté des pratiques nouvelles, comme la non-consommation de porc, ou aurait donné à la circoncision, qu’elle pratiquait déjà, le sens d’une alliance avec son Dieu. La seconde raison est que les textes qui y font référence ont été rédigés au vie siècle av. J.-C. alors que la communauté juive était déportée à Babylone. Cette déportation faisait suite à la révolte des Judéens contre la domination babylonienne, qui se traduisit par un premier exil en 598 av. J.-C. Celui-ci fut suivi d’un second en 586 av. J.-C., après la victoire de Nabuchodonosor sur Sédécias, le roi de Juda, et la première destruction du temple de Jérusalem. Ce nouvel exil dura jusqu’à 538 av. J.-C, date de la conquête de Babylone par Cyrus, le roi des Perses. Il ne concerna qu’une minorité du peuple juif, celle qui en constituait l’élite intellectuelle. Face aux problèmes auxquels ils étaient confrontés, ces religieux éprouvèrent le besoin de mettre par écrit, à partir de documents en leur possession, des textes qui les aideraient à affronter ces difficultés et surtout à leur donner un sens. C’est ainsi que leur exil se vit transmuté en la manifestation d’une punition de Dieu envers son peuple qui n’avait pas respecté les termes de l’alliance conclue. Fut aussi clairement réaffirmé le concept de monothéisme, qui était encore une conception récente. Tout cela permit à ce peuple déraciné de se reconstruire une identité en cultivant sa mémoire. De sorte que, les textes ainsi mis en forme, firent peu à peu office de « temple », de fédérateur, puis de marqueur identitaire.

En fait, « le processus de fixation des textes de la Bible hébraïque débutera vers 430 av. J.-C. L’ensemble du canon sera lui figé au début du iie siècle, en réaction aux chrétiens qui commençaient à se référer au même texte. Le texte actuel, pour sa part, ne sera figé, il ne sera fixé qu’au xiie siècle sous l’autorité du rabbin andalou Moïse Maïmonide2 ». C’est pourquoi l’auteur des cinq premiers livres de la Bible, la Genèse, l’Exode, le Lévitique, le Livre des nombres et le Deutéronome, qui constituent le Penta- teuque, les « cinq rouleaux » de la loi juive, ne peut être Moïse. En effet, selon la tradition, il serait déjà mort depuis un millénaire. Cependant, la substance des lois qui sont évoquées dans ces textes, et son épopée qui en constitue le coeur, sont évidem- ment antérieures à la date à laquelle ces textes furent rédigés. En fait, pour les spécialistes, il semble que les multiples portraits d’Abraham et de Moïse qui nous sont livrés témoignent davantage de la diversité des auteurs qui les ont rédigés et de leurs motivations que d’une réalité objective. De plus, les faits que relate la Bible sont souvent en décalage avec la période que les narrateurs étaient censés décrire. Ils font en fait d’avantage état du contexte dans lequel ces auteurs vivaient. Ainsi, les Philistins et Araméens cités dans la Genèse renvoient à des événements qui se sont déroulés entre les x et xiie siècles av. J.-C. De même, est-il fait référence à la magnificence de Jérusalem vers le xe siècle av. J.-C. alors qu’elle ne deviendra une grande ville, pour l’époque, qu’au viiie siècle av. J.-C. Sur un autre plan, aucune source historique crédible ne fait référence, en l’état, à quatre siècles de servitude en Égypte pour ce peuple. Pas plus qu’à un exode, qui s’apparente d’ailleurs davantage à une succession de fuites et de pauses sur un chemin migratoire. En revanche, on peut évoquer des nouvelles pratiques qui s’instaurent alors, comme le respect du jour de repos, le fameux shabbat, que l’on légitima en le faisant remonter à des temps plus anciens, voire jusqu’à Abraham.

Moïse, mythe ou réalité ?
Quant à Moïse, que la tradition situe pendant le règne du pharaon Ramsès II le Grand, beaucoup émettent l’hypothèse que son existence serait ni plus ni moins l’expression de l’appropriation de textes sumériens plus anciens. En particulier, un parallèle est souvent fait avec ceux qui relatent le règne du prêtre-roi Sargon, fondateur de l’empire d’Akkad qui régna en Mésopotamie il y a plus de 4 000 ans. Lui-même est d’ailleurs aussi souvent consi- déré comme une figure mythique, chez qui on trouve de nombreuses similitudes avec Moïse. Par exemple sa naissance ainsi que la manière dont il fut sauvé des eaux. Plus généralement, les spécialistes pensent que ces textes décrivent l’émergence de cette première ou, comme nous l’avons vu avec Zoroastre, seconde religion monothéiste. Mais cette construction n’est pas apparue brutalement. Elle fut précédée d’une période d’hénothéisme3 durant laquelle un dieu sortit progressivement du panthéon des dieux existants en empruntant certaines caractéristiques à différentes divinités, et en particulier à Baal qui était le dieu de la fertilité des Cananéens. En termes chronologiques et jusque récemment, l’épopée des Hébreux vers la Terre pro- mise était envisagée sous le très long règne, de 1270 à 1213, du pharaon Ramsès II le Grand, qui serait donc celui auquel Moïse se serait opposé. Cela n’est à ce jour attesté par aucune preuve archéologique.

1. Quiconque voudra se familiariser avec la religion juive pourra tirer profit de la lecture du petit livre de JC Attias et E Benbassa, Petite Histoire du judaïsme, Paris, Gallimard, coll. « Librio », 2009
2. Franck Daninos, « Dieu et la science », Science et avenir, n° 184, jan- vier 2016
3. Concept développé par Max Muller, qui consiste en une forme de croyance en une pluralité de dieux dans laquelle chacun d’entre eux joue succes- sivement un rôle prédominant et reçoit un culte préférentiel.

 

Christophe Queruau Lamerie     
                                                                              

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