Les causes du manque de respect

                                                                                                                 

« Ce n’est pas seulement à quelques causes déterminées et clairement définies qu’on doit attribuer le manque de respect des enfants et des jeunes gens pour leurs parents et leurs supérieurs, mais bien à une multitude de causes éparses et plus ou moins distinctes, dont l’ensemble a concouru à la ruine de ce sentiment18. » Ceci a été écrit en 1865 ! À cette époque, on attribuait entre autres les causes du manque de respect à la disparition de la religion dans la famille, à l’émancipation de la femme (qui en était à ses débuts), aux enfants trop « gâtés » à qui l’on ne refusait rien, au fait que les enfants devenaient plus éduqués que leurs parents ainsi qu’au tutoiement. À quelles autres causes peut-on attribuer les changements d’attitude et l’irrespect des jeunes envers leurs aînés? Voici quelques-unes des causes les plus évidentes.

L’absence d’itinéraire familial
Nos parents et grands-parents n’avaient pas d’« itinéraire familial», me direz-vous. Ils n’en avaient pas besoin, puisqu’ils savaient, avant même de devenir parents, ce qu’ils voulaient « faire » de leurs enfants. Les valeurs à transmettre étaient claires — et les règles aussi. Ils agissaient avec leurs enfants comme leurs parents avaient agi avec eux.

La multiplicité des sources d’informations — Internet, la télévision, les livres ou les magazines — a fini par changer la donne. Les parents se documentent et se questionnent de plus en plus. « Qu’est-ce qui est le mieux pour mon enfant ? » se demandent-ils. Demandez-vous tout d’abord quel type de parent vous souhaitez être et quelles valeurs vous souhaitez les voir intégrer.

Pouvez-vous imaginer faire un voyage sans destina- tion, sans itinéraire ? Partir sans connaître les arrêts, les moyens de transport que vous utiliserez et les chemins que vous emprunterez ? Pouvez-vous imaginer construire une maison sans d’abord faire un plan ? Cependant, il est plus difficile d’envisager de fonder une famille de cette façon. On ne peut imaginer y parvenir sans itinéraire. Que pouvez-vous mettre en œuvre pour atteindre vos objectifs familiaux ? Que souhaitez-vous vivre en tant que père, en tant que mère ? Quelles images de famille aviez-vous en tête avant d’être parents ? De nombreux parents sont déçus de leur vie de famille. « Ça ne ressemble pas du tout à ce dont je rêvais », disent-ils. L’aventure serait plus agréable si on s’y préparait avant l’arrivée des enfants ! Comment souhaitez-vous accompagner vos enfants ? Désirez-vous faire d’eux des personnes respectueuses, empathiques, honnêtes ? Les réponses à ces questions vous permettront de déterminer votre destination et les valeurs que vous souhaitez transmettre. Comment faire en sorte que vos enfants intègrent ces valeurs ? Vous devez instaurer des règles découlant de vos valeurs afin de baliser votre itinéraire.

La disparition des modèles de soumission
Les nombreux changements intervenus dans la société au cours des dernières années permettent d’expliquer en partie l’évolution des comportements des enfants. Selon le psychiatre Rudolf Dreikurs, la disparition des modèles de soumission et d’obéissance constitue le premier changement d’importance. On oublie parfois que les enfants ne sont plus soumis parce qu’on ne se comporte plus comme le faisaient les adultes des générations précédentes. Comment obtenir le respect des enfants sans recourir à la soumission ? Quel type de modèle doit-on privilégier pour favoriser le développement du respect ?

La redéfinition du modèle parental des pères
«Attends que ton père arrive!» C’était, il y a encore quelques décennies, une formule couramment employée par les mères démunies et impuissantes face aux com- portements inacceptables de leurs enfants. Et les pères distribuaient les punitions à leur arrivée à la maison. Ils agissaient alors comme leur père avait agi avant eux. Même si la majorité des pères n’accepte plus d’exercer ce type d’autorité très négative, de nombreuses mères avouent que leurs conjoints ont recours aux mêmes méthodes que leur père avant eux, c’est-à-dire élever la voix, punir, voire donner une tape. L’adulte qui ne remet pas en question les méthodes punitives et irrespectueuses utilisées à son égard emploiera à son tour les mêmes méthodes avec ses enfants. En faisant le choix de s’impliquer de plus en plus auprès de leurs enfants, les pères québécois se sont engagés dans une transition qui leur permettra de déterminer le modèle qu’ils souhaitent incarner.

La redéfinition du modèle parental des mères
L’émancipation des femmes les a obligées à exercer leur autorité et à se créer de nouveaux modèles. Quand et comment poser ses limites ? Quand et comment se faire respecter ?

Dans les mois qui suivent sa naissance, l’enfant réclame constamment sa mère : il veut boire, être changé, être rassuré, et ce, jour et nuit. C’est un peu comme si l’en- fant décidait à quel moment la mère peut dormir, manger, se laver, etc., surtout si celle-ci allaite. Au départ, il est normal que les besoins du nourrisson prévalent sur ceux des adultes qui en prennent soin, mais il est important de rectifier le tir au fur et à mesure qu’il grandit. À 6 mois, l’enfant — rassasié, propre et que vous avez câliné — est capable de se passer de vous le temps que vous prépariez le repas, par exemple. Il a toujours des besoins physiques et affectifs, mais ils ne sont plus aussi pressants qu’avant. Nous y reviendrons plus loin. Si vous continuez de prioriser les désirs de votre enfant au détriment des vôtres alors qu’il est âgé de 5, 8 ou 15 ans, il est urgent de corriger la situation.

Des enfants moins nombreux, plus chéris
La diminution du nombre d’enfants par famille est un autre facteur important qui influence la relation parent- enfant et le fonctionnement interne de la famille, du moins dans les sociétés industrialisées. De nos jours, les familles de trois enfants ou plus sont plutôt rares. Moins nombreux, les enfants sont devenus plus chéris. Dans ce contexte, il est difficile pour certains parents d’affirmer leur autorité et de risquer de compromettre temporairement le lien d’amour avec l’enfant. Je cite souvent l’exemple de ma mère qui, lorsqu’elle punissait trois d’entre nous, avait encore six enfants qui l’aimaient ! La peur de perdre l’amour de l’enfant en lui imposant des interdictions ou des limites empêche un bon nombre de parents d’exercer quotidiennement leur autorité et de se faire respecter.

L’enfant considéré comme inférieur
Nous sommes depuis toujours conditionnés à ne pas témoigner aux enfants le même respect qu’aux adultes. Quel que soit le lieu ou l’occasion, nous avons tendance à adopter une attitude différente selon qu’on s’adresse à un enfant ou à un adulte. Les enfants n’ont pas besoin d’être traités comme des rois, mais on doit leur donner leur juste place et leur témoigner autant de considération qu’aux adultes. Lorsque j’entends un adulte élever la voix dans un lieu public, je constate avec tristesse que le ton ou les mots utilisés pour faire obéir l’enfant sont parfois durs et humiliants.

Il est important de souligner que l’enfant que l’on traite comme un être inférieur traitera à son tour les plus jeunes de la même manière. Notre rôle de modèle nous oblige à traiter l’enfant avec autant de considération que l’adulte pour pouvoir inspirer le respect auquel on aspire et transmettre cette valeur à l’enfant.

La conciliation travail-famille
Autrefois, les mères restaient généralement à la maison pour s’occuper des enfants. Elles sont aujourd’hui presque toutes présentes sur le marché du travail. Cela est très bien si elles sont capables de s’épanouir dans leur carrière tout en satisfaisant adéquatement les besoins affectifs de leurs enfants. En effet, il n’est pas nécessaire de se sacrifier ou de mettre de côté sa vie professionnelle et ses ambitions pour fonder une famille. Toutefois, sacrifier les besoins des enfants au détriment des réalisations professionnelles et des désirs des parents est un manque de respect et de considération pour ces derniers. De nombreux parents se sentent submergés par leurs responsabilités et ont de la difficulté à concilier leur vie professionnelle et familiale. Comment mener à bien toutes les tâches et gérer tous les tracas qui s’y rattachent ? Comment avoir l’impression d’être un bon parent lorsqu’on est dans cet état d’esprit ? Par ailleurs, il n’est pas rare que l’arrivée des enfants coïncide avec des étapes importantes dans la carrière des pères.

La conciliation travail-famille demande en effet beau- coup d’organisation. Au travail comme à la maison, la barre est de plus en plus haute : nous voulons des super-entreprises, des super-salariés, des super-mamans, des super-papas et des super-enfants. Pas étonnant que les parents soient épuisés lorsqu’ils regagnent leur foyer après le travail ! Plusieurs admettent y avoir donné le meilleur d’eux-mêmes et offrir le pire à leurs enfants : ils répètent, crient et menacent, non sans tristesse et culpabilité...

 

Brigitte Racine


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