Une attitude contrastée des Français face au dépistage des cancers



1. Depuis 10 ans, l’émergence de grands enseignements
Les différentes enquêtes EDIFICE-Roche apportent un éclairage, au-delà du dépistage organisé, sur l’adhésion de la population aux recommandations de dépistage des cancers et permet donc d’identifier des freins et des leviers pour améliorer la participation.
Les principaux enseignements depuis 10 ans :

- Fidélisation au dépistage
Le suivi des recommandations sur la fréquence de dépistage est bon pour le cancer du sein et en progression pour le cancer colorectal. Par ailleurs, l’enquête spécifique EDIFICE menée en 2012 a montré que l’impact de la controverse sur les bénéfices-risques du dépistage du cancer du sein était faible, avec seulement 1% des femmes qui pensaient faire moins de mammographies à la suite de cette controverse.

- Connaissance des tests utilisés
Si le niveau de connaissance est élevé pour le cancer du sein, les résultats sont en deçà des objectifs nationaux pour le cancer colorectal. La majorité des personnes interrogées ne connaît pas les étapes qui suivent un test de dépistage du cancer colorectal, qu’il soit positif ou négatif.

- Influence de la catégorie socio-professionnelle
La catégorie socio-professionnelle n’a pas d’impact sur la participation aux dépistages organisés (cancers du sein et colorectal), ce qui a souligné le rôle de régulation des inégalités apporté par les programmes nationaux de dépistage organisé.

- Influence de la précarité3
La 4ème vague d’EDIFICE montre que la précarité devient un facteur de non adhésion aux programmes et recommandations de dépistage. Par ailleurs, l’analyse des facteurs de risques de cancer chez les personnes précaires a montré un comportement plus à risque, avec notamment un tabagisme significativement plus important.

3 Sont considérées précaires les personnes ayant atteint 30 au score EPICES (Evaluation de la Précarité et des Inégalités de santé dans les Centres d’Examens de Santé) qui varie entre 0 (absence de précarité) et 100 (maximum de précarité). Le score est évalué sur la base d’un questionnaire prenant en compte toutes les dimensions de la précarité économique et sociale.

- Sources d’information sur le dépistage
L’analyse des sources d’information a souligné le rôle central du médecin généraliste.
- Un Français sur dix est adepte des cabines de bronzage
Un paradoxe ressort sur la prévention du mélanome : si les Français en ont une bonne connaissance, ils ont une consommation importante des cabines à bronzer et une croyance dans leur effet protecteur.

2. 4ème vague d’EDIFICE : une stabilisation générale de la participation aux dépistages
La 4ème vague de l’enquête-Roche conduite en 2014 a permis de mettre en évidence les enseignements suivants :
- La participation au dépistage des cancers se stabilise en France et apparaît corrélée à l'ancienneté de la mise en place d'un dépistage organisé.
- La participation au dépistage du cancer du sein est élevée et le suivi des recommandations sur la fréquence de dépistage est satisfaisant.
- Après une progression jusqu’en 2008, la participation au dépistage du cancer colorectal se stabilise depuis 2011, pour atteindre les 60% de personnes déclarant avoir réalisé au moins un test ou examen de dépistage. Cependant, une progression est encore constatée en 2014 pour les personnes plus âgées (70-74 ans).
- Seul un tiers des personnes interrogées déclarent suivre les recommandations de dépistage organisé, à savoir tous les deux ans.
- Dans le cas des dépistages organisés (sein et colorectal), la différence entre les niveaux de participation pose la question de l'acceptabilité du test de dépistage.
La mise en place en 2015 du nouveau test immunologique de recherche de sang dans les selles devrait avoir un impact positif sur la participation et la fidélisation au dépistage du cancer colorectal.

3. Des résultats contrastés en fonction des types de cancer
a. Le cancer du sein : un taux élevé et stable d’adhésion au dépistage
- En 2014, une grande majorité de femmes (81%) suit les recommandations (une mammographie tous les deux ans), un taux stable depuis 2005.
- La quasi-totalité des femmes interrogées a réalisé au moins une mammographie dans leur vie. Le taux est évalué à 97% dans EDIFICE 4.
- Les femmes de 50 à 74 ans sont toutefois significativement moins nombreuses à suivre ces recommandations : 88% chez les 50-54 ans versus 72% chez les 70-74 ans.
- Le dépistage du cancer du sein n’est pas influencé par la catégorie socio-professionnelle.

b. Cancer colorectal : un taux de dépistage équivalent à celui de la 3ème vague de l’enquête EDIFICE-Roche, en 2011
- Le taux de dépistage atteint un plateau depuis 2011. En 2014, 60% des personnes déclarent avoir réalisé au moins une fois un test ou examen de dépistage dans leur vie.
- En 2014, un tiers des personnes interrogées (33%) suit les recommandations de dépistage, à savoir un test tous les deux ans.
- Le dépistage est en progression significative chez les personnes âgées de 70-74 ans : 78% déclarent avoir réalisé un test ou un examen de dépistage contre 64% en 2011. C’est la première fois depuis la première enquête EDIFICE-Roche il y a 10 ans que ce taux progresse dans cette tranche d’âge.

c. Cancer de la prostate : une stabilisation du dépistage
- Un homme sur deux a déjà réalisé un test de dépistage du cancer de la prostate.
- Ce taux est stable depuis 2008, excepté pour la catégorie de 65-69 ans pour laquelle la participation est en baisse. Ceci pourrait s’expliquer par le fait qu’il n'existe pas de recommandation officielle pour un dépistage de ce cancer.

d. Cancer du col de l'utérus : des recommandations de dépistage très suivies
- Pour cette 4 è vague, c’est la première fois qu’une enquête EDIFICE intègre un module de questions sur le dépistage du cancer du col de l’utérus. Il n’existe pas de programme national de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus mais douze départements pilotes ont déjà initié des programmes. Des recommandations existent s’adressant à toutes les femmes de 25 à 65 ans. Le dépistage se réalise par un frottis cervico-vaginal. La fréquence recommandée est d’un frottis tous les trois ans.
- Les données EDIFICE-Roche montrent que le dépistage du cancer du col de l’utérus est bien connu des femmes puisque 99 % d’entre elles déclarent avoir réalisé un frottis. L’âge moyen déclaré au premier dépistage est de 26 ans.
- Les recommandations sur la réalisation d’un frottis de dépistage, un tous les trois ans, sont bien respectées. 81% des femmes entre 40 et 75 ans déclarent les suivre. Cependant, le taux de suivi est moindre chez les femmes les plus âgées (75% entre 60 et 65 ans) ou précaires4 (74%).

e. Cancer du poumon : une prise de conscience croissante
- En 2014, une personne sur dix (11%) a déclaré avoir eu au moins un examen de dépistage du cancer du poumon. Ce taux a doublé depuis 2005 (6%).
- La proportion de fumeurs actuels dans la population étudiée (soit 1462 personnes âgées de 40 à 75 ans et jamais traitées pour cancer) était de 24 %. La dépendance à la cigarette a été évaluée à l’aide du test de Fagerström5. Les résultats ont montré que sur les 24% de personnes se déclarant fumeuses, près de la moitié (48 %) avait une dépendance à la nicotine et 9 % une forte dépendance.
- 7 Français sur 10 (69%) considèrent que les coûts liés au cancer du poumon devraient être supportés par l’industrie du tabac. Sont ensuite désignés le gouvernement et l’Assurance Maladie (42%), les fumeurs (34%) et les compagnies d’assurance (14%).

4 Femmes de 50-74 ans, réparties selon le score EPICES de précarité
5 Le test de Fagerström permet de calculer un score de dépendance à la nicotine en répondant à une série de 6 questions.

Plus d'infos sur www.roche.fr

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