La fausse mondialisation

La fausse mondialisation


La mondialisation a pour effet de rendre toutes les parties de la Terre, ainsi que les peuples qui les habitent, liées les unes aux autres, pour le meilleur et pour le pire. Mais il faut y prendre garde : la mondialisation est un phénomène aussi complexe que multiple : plusieurs processus d’intégration sont à l’œuvre et il s’agit de ne pas les confondre.

Pour schématiser, je n’en pointerai que deux, que j’ai appelés, ici, la fausse mondialisation et la vraie mondialisation. Ce qui les distingue : l’une est artificielle, l’autre est
naturelle.

La fausse mondialisation est artificielle parce qu’elle est imposée – plus ou moins violemment, plus ou moins insidieusement – par un seul peuple qui prétend, à travers elle, s’assurer l’hégémonie sur le monde. Cette Nation aux prétentions hégémoniques, ce sont évidemment les États- Unis d’Amérique ; la fausse mondialisation se confond, dès lors, avec une américanisation de fait. Elle n’est nullement naturelle, car il n’y a que les Américains pour croire ou faire croire que l’American dream ne devient pas très vite un American nightmare...

L’Occident a toujours cru, très fermement, en sa supériorité et en son droit naturel à la suprématie sur le monde. Le parangon de cet orgueil occidental, aujourd’hui encore mais plus pour très longtemps, ce sont les USA. Ils se sentent encore, après d’autres, investis d’une « mission civilisatrice » incarnée dans l’American way of life et empreinte d’une phraséologie assez hypocrite où l’on trouve, pêle-mêle, freedom, democracy, In God we trust, etc.

La charte des droits de l’homme, imposée par l’ONU à tous les peuples de la Terre au grand mépris de leurs valeurs à eux, ressortit de cette logique hégémonique.

La fausse mondialisation est fausse parce qu’elle n’est, en somme, l’effet que de la volonté unilatérale d’une partie de subjuguer le tout, alors que la vraie mondialisation est un processus multilatéral de convergence progressive autour de problématiques globales qui demandent des réponses et des solutions globales.

Nous examinerons, dans la suite, ces deux faces du phénomène de la mondialisation.
Dans le présent chapitre, nous nous focaliserons sur la fausse mondialisation, c’est-à-dire sur l’américanisation du monde au travers du culte de l’argent déguisé en dollar, de l’obsession du make money et de la propagande hollywoodienne qui les accompagne.

L’américanisation financière
La vraie histoire d’une fausse monnaie : le dollar...
Bretton Wood, USA, 1944 : les alliés savent que, depuis la défaite de Stalingrad, le régime hitlérien a perdu sa guerre – le débarquement de Normandie n’en sera que le coup de grâce. L’ennemi, maintenant, parce qu’à sa grande surprise Truman l’a gratifié d’une puissance qu’il n’a pas, c’est Staline, c’est l’URSS. Et le danger est que, partout en Europe – sauf en Angleterre qui eut mieux à faire durant quatre années d’opposition au harcèlement allemand et en Espagne où Franco a réussi à éradiquer le communisme – partout, donc, les communistes à la botte du stalinisme phagocytent les mouvements de résistance (dont ils étaient singulièrement absents jusqu’à fort tard). Le danger, par suite, c’est que la reconstruction européenne s’enlise et que des mouvements sociaux de grande ampleur, largement pilotés par les communistes, ne livrent l’Europe à l’URSS. Il faut donc financer la reconstruction européenne – Allemagne en tête, où les mouvements révolutionnaires étaient très puissants et implantés avant-guerre – et la mener tambour battant. Ce fut le plan Marshall. Pour le financer, il fallait beaucoup d’argent. Pour ce faire, à Bretton Wood, les USA proposent aux alliés d’émettre des dollars en grande quantité, arguant que la masse de dollars alors en circulation était largement inférieure aux réserves d’or que la célèbre « ruée » avait entassées dans les coffres de Fort Knox. Accord est donné aux USA pour des droits de tirages spéciaux, mais à deux conditions : ces droits sont limités dans le temps à la durée du projet de reconstruction européenne ; ils ne peuvent excéder la masse d’or en réserve et la convertibilité du dollar en or est garantie. Tope-la !

Les choses se passèrent tout autrement...
Le plan Marshall atteignit son but dès les années cinquante : la reconstruction européenne fut une réussite et les États-Unis récupérèrent rapidement et capital et intérêt. Mais la planche à billets continua de tourner à plein pour financer le développement industriel et technologique des USA sous Eisenhower, puis la course à l’espace sous Kennedy, puis la guerre du Vietnam sous Nixon. Celui-ci fait ses comptes : il y a belle lurette que le volume des dollars émis a triplé la masse d’or censée les couvrir. Qu’à cela ne tienne, Nixon décide, unilatéralement, dès 1971, de rompre le pacte de Bretton Wood et d’abroger la convertibilité du dollar en or. Le dollar devient flottant pour s’empêcher de couler à pic. Et personne n’y trouve rien à redire, puisque tout le monde semble profiter à plein du développement américain et que les « Trente Glorieuses » semblent éternelles, tant la promesse des gains de demain couvre si largement les dettes d’aujourd’hui. La fuite en avant a commencé. Le cercle vicieux s’est mis en place : les investissements d’aujourd’hui promettent la croissance de demain pour rembourser les dettes d’hier. En finances, cela s’appelle faire de la « cavalerie ».
Cette logique pernicieuse n’a jamais cessé aux USA. Reagan put ainsi financer sa « guerre des étoiles » (ce qui fit exploser en vol l’URSS). Bush put financer ses guerres du Koweït, d’Afghanistan et d’Irak (dont le seul véritable enjeu était l’éviction de Saddam Hussein, qui avait l’outrecuidance de rompre les accords et de vendre son pétrole dans d’autres monnaies que le dollar avec, pour conséquence, d’affaiblir le pétrodollar, composante essentielle de la stabilité du dollar américain). Et Obama continue...

Depuis cinquante ans, le dollar, monnaie internationale de référence, est de la fausse monnaie. Et chaque jour qui passe aggrave son cas. La Chine, longtemps, permit que cette machine infernale continuât de fonctionner puisqu’elle achetait en masse les bons du trésor américain, devenant ainsi le plus grand prêteur de fonds aux USA. Mais la Chine non plus ne croit plus aux mirages de la boucle vicieuse endettement- investissement-croissance. Il n’y aura plus jamais de croissance économique.

 

 

Marc Halévy

                                                                              

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